fiche de projet

Insémination des vaches en période de transition et stress métabolique

Projet intitulé:

Repousser à 120 jours l'insémination des vaches en stress métabolique: une idée à valider pour la santé et la rentabilité des troupeaux

Marc-André Sirard

Faits saillants

  • Le début d’une nouvelle lactation est éprouvant pour plusieurs vaches, et souvent encore plus pour les hautes productrices. Leur métabolisme énergétique est mis à rude épreuve. Les bonnes productrices n’arrivent simplement pas à ingérer toute l’énergie nécessaire à leur production.
  • Un déficit énergétique chez la vache, indiqué par un niveau de BHB sanguin élevé (plus de 0,8 mmol/L), affecte le développement de l’embryon.
  • Une signature spécifique est notée dans l’embryon, autant transcriptomique, avec un effet immédiat, qu’épigénétique, avec un effet à plus long terme.
  • Cette signature spécifique pointe vers un mode d’économie de l’énergie par l’embryon, qui pourrait réduire ses chances d’implantation, et une programmation métabolique différente à plus long terme.
  • Un report de l’insémination du jour 60 au jour 120 post-partum pour les vaches en déficit énergétique permet d’éviter cette programmation de l’embryon.
  • Allonger la période d’attente volontaire pour les vaches avec des niveaux de BHB élevé dans le lait (plus de 0,15 mmol/L) allonge l’intervalle entre les vêlages de ces vaches.
  • L’analyse par budget partiel montre que l’impact sur le bénéfice net des troupeaux est minime, et légèrement positif. Sachant qu’il n’y a pas de contre-indication économique, pourquoi ne pas favoriser une pratique qui pourrait s’avérer bénéfique pour le troupeau à long terme.

 

Objectifs

Grâce à une analyse économique et épigénomique, offrir aux producteurs les outils nécessaires pour déterminer l’état énergétique des vaches en lactation ainsi que les avantages et inconvénients économiques et biologiques à reporter l’insémination de vaches avec un niveau de BHB élevé.

 

Résultats et bénéfices potentiels

L’analyse génomique démontre que les embryons sont différents au jour 60 chez les vaches à BHB élevé. Les différences observées au niveau transcriptomique indiquent une adaptation énergétique qui prend la forme de mises en mode « économie d’énergie » ce qui pourrait nuire aux chances d’implantation à court terme. Au niveau programmation épigénétique, donc à plus long terme, les modifications de l’ADN visent particulièrement des gènes importants pour le métabolisme pouvant laisser croire à une adaptation à un environnement pauvre en énergie. Huit génisses issues des vaches hautes ou basse en BHB ont été générées à partir de ces embryons et l’analyse de l’épigénétique dans leur sang indique près de 2000 différences. Ces indicateurs doivent maintenant être triés et validés avant de servir au suivi de troupeau pour choisir les génisses à garder. Ces outils sont essentiels au développement de pratiques de gestion factuelle, basés sur des mesures à la naissance (biomarqueurs) et dans le lait (BHB) et adoptés rapidement par les producteurs.

Pour la partie économique, un budget partiel a été réalisé pour évaluer l’impact d’allonger la période d’attente volontaire pour les vaches avec un niveau de BHB élevé dans le lait lors du premier contrôle. Des analyses à partir de la banque de données de Lactanet et de publications scientifiques ont permis de faire une évaluation adaptée à la réalité du Québec pour des troupeaux avec une production moyenne < 9000, entre 9000 et 11 000, et >11 000 kg de lait par année. Les résultats montrent que l’allongement de la période d’attente volontaire pour les vaches avec un taux de BHB élevé dans le lait n’a qu’un impact minime, et positif, sur le bénéfice net des fermes laitières, et ce, peu importe leur niveau moyen de production (<9000 : 10,1 $/vache/année; entre 9000 et 11 000 : 17,3 $; >11 000 : 8,6 $). Ainsi, connaissant le bénéfice potentiel sur les embryons, il serait opportun d’ajuster nos pratiques.

Professionnels formés

Le projet a permis de former une étudiante à la maîtrise en génomique, Catherine Chaput,
et une étudiante à la maîtrise en gestion technico-économique de l’entreprise laitière,
Catherine Couture. Les deux étaient inscrites au Département des sciences animales de l’Université Laval.

Partenaires financiers

Entente de partenariat pour l’innovation en production et en transformation laitières (EPI 2015-2019) :

  • Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies
  • Consortium de recherche et innovation en bioprocédés industriels au Québec
  • Novalait

Article : Repousser l’insémination chez les vaches en déficit énergétique – Une idée validée !