PAR MAUDE BLOUIN, AGENTE DE TRANSFERT DE CONNAISSANCES, NOVALAIT
Native de Montréal et rêvant d’être vétérinaire, Kathrin Dubois a un parcours étudiant et professionnel inspirant. Elle a trouvé la recherche et le secteur laitier un peu par hasard et s’est finalement découvert une passion. Découvrez cette jeune femme qui aime les sciences, le partage des connaissances et qui veut contribuer à la recherche appliquée afin d’améliorer le quotidien des producteurs et productrices.
Quand la recherche devient un autre moyen de soigner
Après un essai du programme en sciences agroenvironnementales à Montréal, Kathrin choisit d’entreprendre un baccalauréat en biologie à Sherbrooke, dans l’objectif d’intégrer la médecine vétérinaire. Elle explore divers horizons, dont un stage en parc faunique où elle découvre la vulgarisation scientifique.
Son intérêt pour le secteur laitier se concrétise grâce au programme pratique en production des gros animaux de l’Université de Montréal. C’est alors qu’elle effectue un stage sur une ferme laitière en tant qu’employée, côtoyant ainsi des vétérinaires. D’ailleurs, elle continue d’y prêter main-forte dans son temps libre : « J’ai permis au couple propriétaire de la ferme de prendre ses premières vacances en 11 ans ! » confie-t-elle.
Sans accéder au programme de médecine vétérinaire, Kathrin a réussi à atteindre son objectif de prendre soin des bovins laitiers. À sa dernière année en biologie, elle a appliqué sur une offre de stage au sein de l’équipe de Mélissa Duplessis, chercheuse affiliée à Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). Depuis, Kathrin n’a jamais quitté son bureau d’AAC à Sherbrooke, ni son équipe de recherche.
« À la fin de mon stage, j’étais à la croisée des chemins. J’avais le choix entre continuer d’appliquer en médecine vétérinaire, suivre la technique en santé animale ou poursuivre en recherche. J’ai choisi de réaliser la maîtrise sous la direction de Mélissa. Je savais vouloir travailler avec les vaches laitières. »
Le début de sa carrière professionnelle
Désormais titulaire d’une maîtrise en sciences vétérinaires, Kathrin travaille à contrat depuis octobre 2024 comme adjointe de recherche pour la même équipe. Entre deux contrats ce printemps, elle s’est de nouveau retrouvée face à une réflexion sur son avenir professionnel. Bien que son contrat d’adjointe de recherche chez AAC ait été renouvelé, Kathrin a décidé d’entreprendre un certificat en productions animales. Certificat qu’elle compte terminer à l’automne 2025, à la fin de son contrat de travail actuel, pour devenir membre de l’Ordre des agronomes du Québec. Son objectif : compléter sa formation pratique et être mieux outillée pour son travail avec les producteurs.
« Je veux continuer d’aider les producteurs et productrices qui ont besoin d’une main-d’œuvre professionnelle hautement qualifiée. C’est d’un naturel pour moi d’avoir de multiples projets professionnels et personnels. »
Dans ses fonctions d’adjointe de recherche, elle est appelée à former des étudiantes et étudiants sur les méthodes expérimentales utilisées et à toucher à plusieurs projets de recherche, dont un sur les bains de pieds pour vaches et leurs effets sur l’environnement de la ferme. « Ce projet découle d’un sondage auprès des producteurs sur les pratiques employées quant aux bains de pieds » raconte-t-elle. « On obtient des données concrètes pour valider l’efficacité des produits utilisés pour quelque chose de peu connu. C’est très appliqué ! »

Une maîtrise axée sur la santé de la vache et du veau naissant
Le projet de maîtrise de Kathrin, supporté par Novalait, portait sur les effets de l’alimentation de la vache en prévêlage (avant la naissance du veau) sur la santé de la mère et du petit. Plus spécifiquement, l’étudiante observait les teneurs du colostrum, le premier lait de la vache, en vitamines B, particulièrement la B12, et des immunoglobulines (IgG), indicateurs du développement du système immunitaire chez le veau.
L’objectif principal était de voir si la supplémentation en vitamines B à la ration en prévêlage avait des effets positifs sur la santé de la mère, la qualité du colostrum et le développement du veau durant ses premiers jours de vie. Kathrin se disait enthousiaste à l’idée de se déplacer sur les nombreuses fermes participant à ses recherches. Elle était inspirée à mieux comprendre les effets de la ration sur la santé de la vache et du veau, pouvant ainsi aider les producteurs dans leurs pratiques.
62 fermes, 5 régions : coordonner la science à l’échelle du Québec rural
Il faut savoir que c’était un premier projet de recherche en ferme commerciale, particulièrement pour l’étude des vitamines B. Les résultats jusqu’à présent disponibles au Québec provenaient d’études réalisées en milieu très contrôlé de laboratoire. Ce sont 463 vaches et 456 veaux répartis sur 62 fermes de cinq régions du Québec qui ont été étudiés pour ce projet. Kathrin explique que, pour diverses raisons hors de leur contrôle, il y a eu beaucoup d’exclusions, par exemple le décès de certains veaux.

« C’était tout un défi de coordonner la récolte des échantillons sur les fermes des cinq régions et leur envoi à notre laboratoire ! Cependant, je trouvais très intéressant d’essayer de transposer des résultats de laboratoire dans un contexte réel de production laitière. Nous avons travaillé fort avec des producteurs et productrices à l’obtention de données tangibles sur les vitamines B et les IgG. »
Il ne faut pas non plus négliger l’aspect multifactoriel de cette étude. En exemple, les résultats analysés jusqu’à maintenant pour la teneur en vitamine B12 du colostrum ne sont expliqués qu’à 50% par l’étude de Kathrin, c’est-à-dire la composition de la ration en prévêlage. Plusieurs facteurs, dont la génétique de l’animal, peuvent faire varier la composition du colostrum. Des analyses épigénétiques sont en cours pour mesurer l’implication de ces facteurs génétiques sur la qualité du colostrum produit par la mère.
De nouvelles recommandations à venir pour les producteurs et productrices ?
Kathrin explique que des suppléments en vitamines B sont déjà ajoutés à certains produits sur le marché pour les rations des vaches en prévêlage. Néanmoins, son projet de maîtrise permet d’expliquer pourquoi, en contexte québécois, il peut être utile de payer pour cette supplémentation. En effet, les résultats confirment quelques facteurs influençant la qualité du colostrum, mais aussi que la supplémentation en vitamine B12 peut être bénéfique au mécanisme énergétique de la vache et du veau. Mais, attention, Kathrin n’émet aucune recommandation.
L’objectif de l’équipe de recherche était plutôt de générer des données en contexte réel de production laitière pour éventuellement outiller les agronomes et vétérinaires dans leur travail. Avec davantage de recherche comme celle de Kathrin et son équipe, ces professionnels du milieu pourraient déterminer des contextes où il est bénéfique d’ajouter des suppléments de vitamines B à la ration des vaches en prévêlage.